Le Pieux Mensonge

par Walter Rea

Chapitre 8 : La Fuite loin du Blanc

La Grande Controverse


L'histoire qu'Ellen raconta lorsqu'elle produisit La Grande Controverse n'était pas unique. Si l'idée d'une controverse entre le Satan biblique et le Christ historique a un air familier, c'est parce que l'idée sonnait bien avant l'époque d'Ellen. Ceux qui, dans les milieux adventistes, persistent à présenter sa contribution comme nouvelle et différente lorsqu'elle a restructuré l'histoire pour la fondre avec sa théologie de l'avenir perpétuent donc un pieux mensonge. Ils font de sa version de la bagarre à coups de poings et à corps perdu le déterminant de chaque acte et aspect des rapports de l'homme avec son prochain, qu'ils soient politiques, économiques, géographiques ou religieux. Selon ce récit, si les bons gagnent, Dieu empoche le round ; et si les méchants en gagnent un, il revient à Satan par défaut.

Le seul problème avec cette théorie, c'est que gagner dépend de qui arbitre les rounds. Tantôt Dieu en obtient le crédit, tantôt c'est l'inverse. Dieu s'en sort généralement bien ; et dans le cas contraire, on ajoute du temps au round pour lui donner une meilleure chance de rétablir l'équilibre dans l'avenir. L'un des textes favoris de ceux qui tiennent le score de cette façon est Romains 8:28 : « Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu. » Pour consoler ceux qui perdent dans la lutte et leur ménager une échappatoire, la seconde moitié du verset fournit une « sortie » aux théologiens — « de ceux qui sont appelés selon son dessein. »1

Ellen fournit la réponse à « ceux qui sont appelés » dans sa version de la controverse en désignant son groupe de croyants comme ceux qui correspondaient à ce profil et en fermant la porte à tous les autres — tout comme elle l'avait fait quelque quarante ans auparavant avec l'idée de la porte fermée de 1844. La grande controverse telle que la voyait Ellen offre quelque espoir à ceux qui échappent à la marque d'une bête quelconque et qui passent du statut de prostituées et de catins incroyantes du livre de Jean l'Apocalyptiste au statut de « vrais croyants » de la foi et du clan d'Ellen. Tout cela n'était pas plus nouveau dans son approche ou sa méthode que les versions antérieures, mais il était beaucoup plus fort et plus précis dans son langage et sa portée.

Dès les commencements de l'adventisme (et du mouvement de 1844), le facteur décisif du ciel et du foyer, dans les débuts ou les fins des événements selon Ellen, ne semble pas être le Christ, l'Évangile ou la Bonne Nouvelle, mais la manipulation légaliste du passé, du présent et du futur selon sa comptabilité céleste.2

D'autres avant elle avaient abordé la grande controverse en termes généraux, mais personne n'était jamais parvenu à ses conclusions, ni générales ni spécifiques. Dans le Paradis Perdu de Milton, le combat avait été décrit en termes de bien et de mal, de noir et blanc, de tout ou rien, de Christ et Satan. Son écriture avait été un travail si bien accueilli qu'il avait tenu pendant deux ou trois cents ans avant qu'Ellen ne commence à lire son histoire. Tout indique qu'elle aimait la couleur et le style de son rendu de la lutte dans l'univers.3 Il avait fait un si bon travail, en fait, que ses œuvres étaient annoncées, au dos des premières publications de la littérature adventiste, comme valant la peine d'être lues.4 Malgré cette publicité et les découvertes ultérieures que Milton avait influencé Ellen, Arthur écrivit en 1946 :

Je ne connais aucune déclaration sortie de la plume d'Ellen White concernant Milton. Après que la vision de la Grande Controverse eut été donnée à Sœur White, le frère T. N. Andrews s'enquit de savoir si elle avait jamais lu « Paradis Perdu. » Quand elle lui dit que non, il lui apporta un exemplaire chez elle. Elle ne l'ouvrit pas, mais le plaça haut sur une étagère, déterminée à ne pas le lire avant d'avoir rédigé ce qui lui avait été révélé.5

Cette étagère n'a jamais été aussi haute, car au moment de la réimpression en fac-similé de 1969 du tome quatre de The Spirit of Prophecy, quelqu'un avait dû dire à Arthur qu'elle avait descendu le livre de Milton de l'étagère et l'avait utilisé. La seule question était de savoir si cela avait eu lieu avant ou après. Sa déclaration était que c'était après :

Il est manifeste qu'elle a lu au moins plus tard des portions de Paradis Perdu, car on en trouve une phrase citée dans Éducation.6

Presque sans exception, les auteurs qu'Ellen choisit de copier défendaient le même thème — que l'homme était bon avant de devenir mauvais ; qu'il désire être bon mais qu'il est toujours mauvais ; que quand il est bon, il est extrêmement bon, et quand il est mauvais il est horrible — la victoire revenant en quelque lieu, quelque part, à quelque moment, aux bons, et le rideau tombant sur les mauvais. Encore une fois, ce thème n'était pas nouveau chez Ellen ni même chez ceux qu'elle copiait. Après tout, la plupart, sinon la totalité, de ceux sur qui elle copiait étaient des enseignants, des prédicateurs, des clercs, des supersalesmen, et ils donnaient leurs paraphrases approximatives de l'histoire biblique racontée de la Genèse à l'Apocalypse. Mais il fallut Ellen et sa ferveur adventiste primitive pour donner l'élan investigateur, la touche adventiste aux choses. Ce fut cette contribution exclusive, « unique » au monde de la théologie, qui devint le « dernier hurlement » adventiste — et leur propre grande controverse, à plus d'un titre.7

Dès le début, ceux qui entouraient Ellen remarquèrent des similitudes qui les troublaient, entre ce qu'Ellen écrivait et ce qu'ils lisaient eux-mêmes chez d'autres. Ce n'était pas seulement J. N. Andrews et sa préoccupation face aux deux visages de La Grande Controverse et du Paradis Perdu. C'était aussi John Harvey Kellogg et sa lecture des premiers chapitres de ses œuvres. Dans son entretien enregistré avec deux hommes de son Église, il dit :

Quand « La Grande Controverse » parut et les chapitres sur l'histoire des Vaudois, quelqu'un attira immédiatement mon attention là-dessus. Je ne pouvais pas manquer de m'en rendre compte, car voilà le petit livre, « Histoire des Vaudois » de Wylie, bien en évidence sur le comptoir de livres de la Review and Herald ; et voilà « La Grande Controverse » qui paraissait avec des extraits de ce livre à peine déguisés, pour certains d'entre eux. Il y avait un déguisement parce que les mots étaient changés ; il n'aurait pas été aussi convenable d'utiliser des guillemets parce que les mots étaient changés dans le paragraphe, si bien qu'il ne s'agissait pas de citations exactes, mais d'emprunts tout de même.8

L'entretien dans son ensemble montre que le bon docteur était très perturbé par ce que lui et d'autres savaient être une tromperie pratiquée sur le peuple par Ellen, son fils Will et ses éditeurs.

Le chapitre sur William Miller (« Un réformateur américain ») dans La Grande Controverse (et précédemment comme chapitre treize dans le tome quatre de The Spirit of Prophecy, 1884), fut copié, dans bien des cas mot pour mot, d'un petit livre que James avait fait imprimer en 1875 sous le titre Sketches of the Christian Life and Public Labors of William Miller. (James avait reconnu, aussi bien sur sa page de titre que par des guillemets dans le texte, qu'il avait utilisé les mémoires de William Miller par Sylvester Bliss [1853] et « d'autres sources. »)9 Ainsi, la version d'Ellen n'était pas une « révélation sélective. » Ce n'était pas de la marchandise au détail. C'était un vol en gros qui passa en tant que marchandise recelée incorporée dans La Grande Controverse.10

À cette époque, Uriah Smith, ayant rejoint le groupe, prit part à l'amusement. Son matériel sur le sanctuaire (publié d'abord sous forme d'articles dans la Review entre 1851 et 1855, puis en volume en 1877) fournit la matière du chapitre vingt-trois, « Qu'est-ce que le sanctuaire ? », dans La Grande Controverse.11 Ses descriptions mot par mot des textes et des événements de l'Ancien Testament furent reprises — là encore non pas au détail, mais en gros — dans le tableau de la lutte pour la victoire sur cette terre, telle qu'elle fut rédigée par Ellen et ses collaborateurs.

L'un des autres découvreurs et explorateurs de la première heure fut de même enrôlé pour l'expédition — J. N. Andrews, auteur lui aussi compétent. Ses écrits — notamment la « Prophétie de Daniel », les « Quatre Royaumes », le « Sanctuaire » et les « Deux Mille Trois Cents Jours », publiés de 1860 à 1863 — furent chargés dans la cale comme fret. Les membres de l'Église Adventiste citent depuis des décennies, comme les paroles infaillibles d'Ellen, son matériel sur les messages des trois anges.12

Divers historiens allaient accompagner ces aventuriers — presque toujours à leur insu. On nous dit dans les années ultérieures qu'Ellen aimait à lire à sa famille des extraits de Merle d'Aubigné,13 l'un de ses vrais croyants en la théorie de la grande controverse ; il fut donc embarqué à son tour (là encore, autant que nous le sachions, sans consultation pour savoir s'il souhaitait faire le voyage). Plus tard, l'un de ses parents historiens, Wylie, fut ajouté à la liste des passagers pour un repas occasionnel à la table du commandant.14

C'était un équipage hétéroclite qui fit ce voyage. C'était la première fois qu'ils naviguaient tous sous le même drapeau blanc. Pas étonnant qu'ils essuyèrent des mers agitées de critiques presque dès le début. Le cynisme exprimé dans le journal local par l'association pastorale de Healdsburg, en Californie, était typique. En débat avec les Adventistes locaux, ils déclarèrent :

Nous souhaitons dans cet article comparer quelques extraits des livres suivants : « Histoire du Sabbat » (Andrews) ; « Vie de William Miller » (James White) ; « Histoire des Vaudois » (Wylie) ; « Le Sanctuaire » (Smith), et « Histoire de la Réformation » (D'Aubigné), avec les extraits correspondants de la « Grande Controverse » de Mme White, Vol. IV [The Spirit of Prophecy], afin de voir si Mme White a « introduit des passages des écrits d'un autre homme en les faisant passer pour les siens. » Si elle l'a fait, alors, selon Webster, Mme White est une plagiatrice, une voleuse littéraire.15

Comme il s'agissait d'une union pastorale, ces messieurs devaient avoir quelque degré d'inspiration lorsqu'ils s'aventurèrent dans le domaine de la prédiction et déclarèrent :

Nous ne prétendons pas que la comparaison suivante soit de loin complète, le temps et l'espace n'ayant permis qu'un examen partiel ; nous ne doutons pas qu'une recherche plus approfondie révélerait bien davantage de faits du même ordre.16

Et c'est effectivement ce qui s'est passé. Donald R. McAdams fait un travail admirable en identifiant beaucoup de ceux qui ont poursuivi l'œuvre des pasteurs de Healdsburg sans savoir que d'autres les avaient précédés ni ce qui avait été découvert auparavant.17 Ce qui se dégage, c'est que, qu'on le veuille ou non, qu'on y croie ou non, les clercs de Healdsburg avaient raison en 1889, en ce qui concernait Ellen et son équipage dans le voyage de « La Grande Controverse. »

Il était évident dès le début, avant que le navire ne prît la mer, que La Grande Controverse n'était pas en état de naviguer. La leur était la seule traversée à sens unique que la plupart des voyageurs eussent jamais connue. Avec les injonctions contre la lecture de toute autre littérature que celle de l'Église Adventiste, et les éditeurs répandant une grande partie de son matériel, comment auraient-ils pu savoir ? La publicité de la Review, même dès 1876, formulait des affirmations frolant le fantastique et montrait leur désir de maintenir les fidèles dans le rang. Ce qui suit était l'avant-coureur d'une persuasion bien plus puissante à venir :

Nous sommes en mesure de parler de ce volume, tout juste paru, comme du volume le plus remarquable qui soit jamais sorti de cet office. Il couvre cette partie de la grande controverse entre Christ et Satan qui est incluse dans la vie et la mission, les enseignements et les miracles du Christ ici sur la terre.18

Des brèches s'ouvraient de toutes parts dans le vaisseau de production d'Ellen, cependant. Le matériel de la Conférence Biblique de 1919 (publié pour la première fois en 1980) montre clairement que des enseignants, des administrateurs, des pasteurs et des éducateurs étaient préoccupés par l'enseignement adéquat de l'inspiration.19 Leurs conceptions de la façon dont Dieu fait ce qu'il fait étaient sérieusement brouillées par ce qu'ils savaient avoir contribué à écrire pour Ellen, mais qui avait été promu comme une inspiration de Dieu seul, sans crédit accordé à aucun membre du bord du navire d'Ellen.

Sous la pression croissante, deux des fidèles furent dépêchés, probablement de nuit alors que la plupart du travail semble avoir été accompli, pour aider à colmater les brèches. Voici comment Dores E. Robinson raconte sa part dans l'aventure :

Je pense que le frère Crisler et moi-même avons passé près de six mois à étudier La Grande Controverse. ... En tant que professeurs de Bible et d'histoire, vous savez combien il est difficile d'écrire l'histoire et combien même les meilleurs historiens se trompent. Dans la révision de La Grande Controverse, nous allâmes à la bibliothèque et comparâmes ces points qui avaient été soulevés, un par un ; il y avait en réalité plus d'une centaine de questions qui avaient été soulevées. Nous les examinâmes soigneusement dans les bibliothèques de Stanford et de Berkeley. [Italiques ajoutés.]20

L'histoire racontée par le White Estate concernant les corrections apportées était que seules l'orthographe et la grammaire étaient en cause. Il ne semblerait guère nécessaire de faire le voyage jusqu'à la bibliothèque, et encore moins d'y passer six mois, pour corriger des fautes d'orthographe et de grammaire. Ce qui est clair, c'est que la façon dont Ellen et ses collaborateurs allaient sortir de ce monde pour entrer dans le suivant représentait des enjeux bien plus considérables que l'orthographe et aurait besoin de plus qu'un manuel de lecture pour montrer le chemin. C'était précisément l'orthographe de ces détails qui mettait Ellen et La Grande Controverse dans l'embarras.

Comme Kellogg l'explique dans son entretien, ils essayèrent de se tirer de ce dilemme par leurs moyens littéraires :

Alors, ils continuèrent à vendre toute cette édition, au moins 1 500 exemplaires de ce qu'ils avaient en stock…

Ils continuèrent à la vendre, mais ils changèrent la préface dans l'édition suivante pour ménager une petite échappatoire, glissant dans la préface un petit indice, d'une façon très douce et plutôt dissimulée, que l'auteur avait également profité d'informations obtenues de diverses sources ainsi que de l'inspiration divine.21

Puis il continua à vraiment laisser échapper le chat du sac, sur bien plus que La Grande Controverse. La véracité et l'exactitude de sa mémoire doivent être mises en regard du fait que, plus que presque tout autre témoin vivant à l'époque, il avait connu et travaillé avec Ellen de plus près que quiconque hormis sa propre famille immédiate :

Tel est mon souvenir. Je me rappelle avoir vu la correction et ne pas l'avoir appréciée. Je me dis : « Ce n'est qu'une échappatoire, quelque chose d'ajouté pour que le lecteur ordinaire ne s'en aperçoive pas du tout, mais voie les déclarations plus importantes d'inspiration spéciale ; ainsi il sera dupé par cette chose. » Puis parurent d'autres livres. Un certain nombre de livres n'en sont pas exempts. Ce n'était pas seulement ce livre-là. Votre explication n'aida pas les autres livres, pas même « Le Désir des Ages » et « Comment vivre. » Je ne pense pas que vous ayez jamais su ce qu'il en était de « Comment vivre » relativement aux choses empruntées au livre de Coles.22

À quoi George W. Amadon, le défenseur loyal d'Ellen, répondit : « Je sais qu'une grande part en était empruntée. »23 Que voulait-il dire par « empruntée » ? Peut-être voulait-il dire que tout avait été pris — armes, bagages et emprunt !

Une telle hémorragie de critiques appelait une intervention chirurgicale majeure, et elle fut apportée dans l'édition de 1911 de La Grande Controverse. Bien qu'il ait été affirmé à maintes reprises au fil des ans que la raison pour laquelle il fut nécessaire de recomposer le livre était que les clichés électrotypes étaient très usés, Willie White donne une autre raison pour le changement cette année-là :

Dans le corps du livre, l'amélioration la plus notable est l'introduction de références historiques. Dans l'ancienne édition, plus de sept cents références bibliques étaient données, mais ce n'est que dans un petit nombre de cas qu'il y avait des références historiques aux autorités citées ou mentionnées. Dans la nouvelle édition, le lecteur trouvera plus de quatre cents références à quatre-vingt-huit auteurs et autorités [italiques ajoutés].24

Les théologiens adventistes qui soutiennent qu'une grande partie du vol se fit dans la rédaction du Canon pourraient vouloir en prendre note à ce stade. Si l'on devait comparer les quatre évangiles avec La Grande Controverse, voici comment cela se présenterait. En combinant les 400 références à d'autres auteurs et les 700 textes bibliques, et en utilisant les chiffres de Willie White, les quatre auteurs des quatre évangiles (en copiant dans la mesure où Ellen le fit) auraient dû copier chaque verset qu'ils ont écrit ! Ce que Don McAdams enregistra sur la cassette de la réunion du Comité de Glendale à propos de La Grande Controverse d'Ellen revient à dire la même chose autrement. Il dit que si chaque paragraphe de La Grande Controverse était annoté conformément à la pratique acceptée, accordant le crédit là où il est dû, presque chaque paragraphe serait annoté.25

Willie White donna d'autres raisons pour le séjour de six mois de Robinson et Crisler dans les bibliothèques de Stanford et de Berkeley :

Dans quelques cas, de nouvelles citations de historiens, de prédicateurs et d'écrivains contemporains ont été utilisées à la place des anciennes, parce qu'elles sont plus percutantes ou parce que nous n'avons pas pu retrouver les anciennes. ...

En huit ou dix endroits, les références temporelles ont été modifiées en raison du passage du temps depuis la première publication du livre.

En plusieurs endroits, les formes d'expression ont été modifiées pour éviter de causer une offense inutile. ...

En quelques autres endroits où il y avait des déclarations concernant la papauté qui sont vigoureusement contestées par les catholiques romains et difficiles à prouver à partir des histoires accessibles, la formulation dans la nouvelle édition a été telle que l'affirmation rentre aisément dans le cadre des preuves facilement disponibles.26

Il serait assez injuste d'accabler trop Willie. Il ne faisait qu'expliquer ce que d'autres découvraient et dont les secrétaires se plaignaient. Il faut un travail et des efforts constants pour continuer à modifier les événements et les circonstances du passé afin de les adapter aux activités sans cesse renouvelées d'Ellen qui prenaient constamment la place de faits solides au regard desquels ses inexactitudes pouvaient être jugées. Mais la Review du 12 juin 1980 continuait à faire semblant que c'était seulement La Grande Controverse qui nécessitait des changements et des aveux.27

Bien que notre propos ne soit pas ici de traiter des incohérences et des changements des éclairements nocturnes d'Ellen, il vaut la peine de noter que le travail de maquillage effectué sur les éditions ultérieures de ses œuvres fut si utile que d'autres remarquèrent le changement. Linden dit que :

…la série Conflict marque la production de l'EGW à maturité. En fait, l'évolution est si grande qu'il est quelque peu surprenant de savoir que la même personne a écrit les deux sortes de livres. … Comment ce remarquable développement s'est produit est une question fascinante pour l'historien sérieux.

Les cinq volumes de la série Conflict résultèrent d'un processus complexe, dont seuls certains facteurs sont connus ; d'autres faits pourront être connus lorsque les riches archives du White Estate d'Ellen G. White seront pleinement accessibles aux chercheurs.

… Sa bibliothèque privée contenait des centaines de volumes, et seulement une fraction des titres a été répertoriée. De plus, elle disposait d'un personnel complet de secrétaires et d'éditeurs.28

Ce sur quoi Linden a mis le doigt est peut-être l'un des éléments d'information les plus significatifs et les plus dommageables de toute étude d'Ellen et de ses écrits. Peu ou aucun des membres du clan adventiste ne citent les écrits primitifs d'Ellen. Certains voudraient en oublier une partie. Une partie est une offense à l'intelligence — son « Appel solennel aux mères », sa copie chez un médecin de sa « Cause de la vitalité épuisée » sur la vie sexuelle de sa génération ; son changement de camp lorsque des choses qu'elle « avait vues » ou « prédites » ne se réalisaient pas. De tels passages sont rarement mentionnés dans les chaires de l'Église Adventiste. La plupart des citations « belles » viennent des œuvres ultérieures.29

Naturellement. Ellen avait alors cinquante ans de pratique. Avec les nombreux travailleurs du corps de collaborateurs sur lesquels elle pouvait s'appuyer, avec la structure de l'Église Adventiste, son argent, ses presses déversant la propagande de son invincibilité, elle était libre d'incorporer comme appartenant à « Dieu » tout ce qu'elle voulait mettre dans ses écrits. Au tournant du siècle, si quelqu'un voyait le changement ou les incohérences entre l'ancien matériel et le nouveau, il devait faire un choix extrêmement difficile pour rester dans l'Église. Il devait maintenir avec un visage impassible un certain nombre de choses : que Dieu était incohérent, non Ellen. Que Dieu avait peut-être changé d'avis, non Ellen. Que quoi qu'elle fît, bien ou mal, c'était correct parce que Dieu avait eu la main dans ce qui la poussait à le faire. Dieu s'était amélioré avec l'âge et l'expérience — à travers Ellen et sa copie continuelle.

Ce qui se produisit vraiment dans l'Église, c'est que Dieu et Ellen en vinrent à sembler une seule et même chose. Ce qu'elle faisait, Dieu l'approuvait. Ce qu'elle n'aimait pas, Dieu le condamnait. Ce qu'elle écrivait, Dieu l'approuvait. Ce qu'elle omettait, Dieu l'écartait comme sans importance. Si le Canon avait été le livre de Dieu jusqu'à son époque, désormais Ellen était la servante de Dieu, sa voix, son image, son alter ego. Ellen et ses écrits étaient devenus le Dieu adventiste !

Si ce processus devait être mis en doute par certains, qu'ils examinent attentivement les instructions données à l'Église. Qu'ils regardent le nombre de fois où elle ou ses œuvres, toujours la tête et les épaules au-dessus du Canon, sont citées comme autorité dans la Review et d'autres publications adventistes. Qu'ils se tournent vers l'histoire de la session de la Conférence Générale de 1980, lors de laquelle ses écrits (et donc Ellen elle-même) furent élevés à un niveau d'égalité avec les Écritures et les auteurs scripturaires. Qu'ils écoutent une fois de plus l'air joué lors de la réunion de Glacier View en 1980, où Desmond Ford fut defroqué et banni de tout emploi parce que son esprit pénétrant et sa conscience courageuse tenaient l'autorité de l'Écriture pour supérieure à l'autorité d'Ellen White.30

Personne ne peut sérieusement douter qu'Ellen Gould Harmon White ait finalement obtenu un droit de veto sur Dieu dans l'Église Adventiste. Pour paraphraser les convictions exprimées par Earl W. Amundson à Glacier View, non seulement les grandes lumières, mais toutes les lumières qui brillent dans l'Église Adventiste sans le consentement et l'approbation d'Ellen ont été et seront éteintes.31

Compte tenu des recherches approfondies menées ces dernières années (notamment par McAdams, Graybill et d'autres) et des reconnaissances de modifications apportées et d'auteurs utilisés — dont une grande partie est parvenue à la connaissance des membres de l'Église en général — il semble inutile d'inclure dans l'Annexe un grand nombre d'exemples comparatifs pour La Grande Controverse.

Il pourrait cependant être utile de noter l'un des espoirs mourants des Adventistes. Les Adventistes aiment à croire que les derniers chapitres de La Grande Controverse furent structurés en leur faveur théologique, et que peu ou pas de copie fut faite en matière d'eschatologie. Une comparaison de certains chapitres du tome quatre de The Spirit of Prophecy (le précurseur de La Grande Controverse) montre qu'il ne s'agit là que de vœux pieux.32 Les chapitres ultérieurs de l'édition amplifiée de 1911 de La Controverse montrent des schémas similaires.33

Aussi douloureuse que soit cette prise de conscience, la controverse Ford et la controverse des comparaisons d'Ellen White ont rendu La Grande Controverse quelque peu suspecte. Qui plus est, une autre enquête en cours ces derniers temps révèle de larges pans d'erreurs historiques.34 Même les cavaliers de circuit du White Estate ont concédé que le livre ne peut plus être considéré comme un compte rendu exact des événements de l'histoire du dix-neuvième siècle, mais doit être utilisé à des fins évangélisatrices.35 Tous ces faits aboutissent à la conclusion que la tentative d'Ellen de réécrire l'histoire selon sa vision ne fonctionna pas. Il est donc temps pour les théologiens adventistes de retourner à leur planche à dessin.

Chapitre 8 — Exemples sélectionnés

Livres écrits par Sources dont elle s'est inspirée
White, Ellen G.

La Grande Controverse
Mountain View, CA, Pacific Press, 1911.

The Spirit of Prophecy, vol. 4
Oakland, CA, Pacific Press, 1884.

Andrews, J. N.

History of the Sabbath,
Battle Creek, Steam Press, 1862.

March, Daniel

Night Scenes in the Bible,
Philadelphia, Zeigler, McCurdy, (1868-1870).

Walks and Homes of Jesus,
Philadelphia, Presbyterian Pub. Committee, 1856.

Merle d'Aubigné, J. H.

History of the Reformation, vol. 4, liv. 9,
Glasgow et Londres, Collins, 1841.

Smith, Uriah

The Sanctuary,
Battle Creek, Steam Press, 1877.

White, James

Sketches of the Christian Life and Public Labors of William Miller,
Battle Creek, Steam Press, 1875.

Wylie, J. A.

History of the Waldenses,
Londres, Cassell, Petter & Galpin, sans date.

Références et Notes

  1. Romains 8:28.
  2. Ellen G. White, La Grande Controverse (Mountain View : PPPA, 1888), « Le jugement d'investigation, » p. 479.
  3. John Milton, Paradis Perdu. Publié deux fois du vivant du poète : 1667, 1674.
  4. Voir, par exemple, The Three Messages of Revelation 14:6-12 de J. N. Andrews. D'autres brochures et livres publiés par les premiers Adventistes faisaient également la publicité des œuvres de John Milton. Un tract intitulé « The State of the Dead, » de John Milton, fut imprimé par la SDA Publishing Association à Battle Creek en 1866.
  5. Lettre d'Arthur L. White, 4 avril 1946.
  6. EGW, The Spirit of Prophecy, 4 vols. (Battle Creek : Review and Herald, 1858-60-84), vol. 4, supplément, p. 536. Voir Éducation, p. 150.
  7. Voir Judged by the Gospel de Robert D. Brinsmead, chapitre 12, « The Legend of Ellen G. White's Literary Independence, » p. 145. En réalité, la controverse sur La Grande Controverse commença pratiquement lors de sa publication en 1888 et s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui.
  8. [John Harvey Kellogg], « An Authentic Interview ... on October 7th, 1907, » p. 32.
  9. James White, éd., Sketches of the Christian Life and Public Labors of William Miller, Gathered from his Memoirs by the Late Sylvester Bliss, and from Others (Battle Creek : Steam Press, 1875).
  10. Comparer le chapitre 13, « William Miller, » dans The Spirit of Prophecy d'EGW, vol. 4, avec son pendant ultérieur, le chapitre 18, « Un réformateur américain, » dans La Grande Controverse, p. 317. La reprise du matériel des premiers auteurs adventistes devint le schéma des volumes « amplifiés » d'Ellen White.
  11. Uriah Smith, The Sanctuary and the Twenty-three Hundred Days of Daniel VIII, 14 (Battle Creek : Steam Press, 1877).
  12. J. N. Andrews, The Prophecy of Daniel: the Four Kingdoms, the Sanctuary, and the Twenty-three Hundred Days (Battle Creek : Steam Press, 1863).
  13. Arthur L. White, « Rewriting and Amplifying the Controversy Story, » pt. 2 sur 7, Review, 19 juillet 1979, p. 9. J[ean] H[enri] Merle d'Aubigné, History of the Reformation of the Sixteenth Century, 5 vols. (Édimbourg : Oliver and Boyd, 1853 ; New York : Robert Carter, 1846).
  14. La liste du White Estate d'Ellen G. White des livres identifiés d'après DF 884 (pour inclure les livres sur les étagères dans l'étude d'EGW et dans le bureau et le coffre-fort). Une nouvelle liste préparée par Graybill et Johns en 1981 : An Inventory of Ellen G. White's Private Library, July 29, 1981, brouillon (Washington : EGW Estate, 1981). James Aitkin Wylie, History of the Waldenses (Londres : Cassell, Petter, Galpin & Co., 1880).
  15. Union pastorale (de Healdsburg), « Is Mrs. E. G. White a Plagiarist? » (Healdsburg, California, Enterprise, 20 mars 1889).
  16. Ibid.
  17. Donald R. McAdams, « Shifting Views of Inspiration: Ellen G. White Studies in the 1970s, » Spectrum 10 (mars 1980) : 27-41.
  18. Robert W. Olson, « Exhibits Relating to the Desire of Ages, » photocopié (Washington : EGW Estate, 23 mai 1979) (p. 11 des exemples d'Olson, Review and Herald, 30 novembre 1876).
  19. [Conférence Biblique], « The Bible Conference of 1919, » Spectrum 10, n° 1 (mai 1979) : 23-57.
  20. Robert W. Olson, « Historical Discrepancies in the Spirit of Prophecy, » avec note en annexe d'Arthur L. White, photocopié (Washington : EGW Estate, 17 juillet 1979).
  21. [John Harvey Kellogg], « An Authentic Interview ... on October 7th, 1907, » p. 33.
  22. Ibid.
  23. Ibid.
  24. EGW, Selected Messages, 3 vols. (Washington : RHPA, 1958-80), vol. 3, Annexe A, pp. 434-35. Ces remarques sur la révision de La Grande Controverse furent faites par W. C. White au Conseil de la Conférence Générale du 30 octobre 1911.
  25. [Comité de Glendale], « Ellen G. White and Her Sources, » cassettes de la réunion des 28-29 janvier 1980.
  26. EGW, Selected Messages, vol. 3, Annexe A, pp. 435-36.
  27. Kenneth H. Wood, « The Children Are New, » éditorial, Review (12 juin 1980).
  28. Ingemar Linden, The Last Trump, « From Visions to Books, » chap. 4, pt. 2, p. 211.
  29. Ibid., pp. 211-12.
  30. Voir le numéro d'octobre 1980 de Ministry, le journal international de l'Association des pasteurs adventistes du septième jour. Voir également Spectrum 11, n° 2 (novembre 1980), le journal de l'Association des Forums adventistes.
  31. Earl W. Amundson, « Authority and Conflict — Consensus and Unity. » Communication présentée à la Consultation Théologique, 15-20 août 1980, à Glacier View Ranch, Ward, Colorado.
  32. Voir Annexe, Exemples comparatifs du Chapitre 8.
  33. Ibid.
  34. Robert W. Olson et Ronald D. Graybill aux historiens de la Pacific Union Conference au campus La Sierra de l'Université de Loma Linda, session d'été 1980.
  35. Ibid.